L’Afrique veut gagner du temps face aux crises sanitaires. Et surtout, elle veut réduire sa dépendance à l’intervention extérieure. À l’horizon 2030, chaque État membre de la Région africaine de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) devra disposer d’au moins une équipe médicale nationale opérationnelle. La décision, adoptée en ce mois de septembre lors de la 76ᵉ session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique, installe la préparation aux urgences sanitaires au cœur des politiques publiques.
Le nouveau Cadre régional relatif aux équipes médicales d’urgence 2026-2030 fixe une trajectoire précise. Les équipes devront relever directement des autorités nationales, bénéficier d’un financement durable, respecter les standards de l’OMS et s’inscrire dans les mécanismes nationaux de réponse aux crises.
L’enjeu dépasse donc la seule organisation des secours. Lorsqu’une épidémie, une catastrophe naturelle, un conflit ou une crise humanitaire frappe, la capacité d’un État à mobiliser rapidement ses propres médecins, infirmiers et spécialistes devient un élément concret de sa souveraineté.
Les chiffres expliquent cette volonté d’accélération. Plus de 100 événements majeurs de santé publique surviennent chaque année dans la région africaine. Ebola, choléra, rougeole, fièvre jaune ou mpox s’ajoutent aux conséquences sanitaires des catastrophes climatiques et des conflits.
L’expérience récente révèle aussi une dépendance persistante. Entre 2017 et 2025, 32 États africains ont sollicité 29 équipes médicales internationales, principalement lors d’épidémies. Dans le même temps, les équipes nationales africaines ont effectué plus de 46 déploiements.
Le calendrier adopté par les ministres africains vise donc à changer d’échelle. Dès 2028, 80 % des États devront disposer de mécanismes de gouvernance dédiés et intégrer ces équipes dans leur architecture nationale d’urgence. La moitié devra déjà engager un processus de validation. En 2030, chaque pays devra disposer d’au moins une équipe opérationnelle et 80 % des États devront compter des équipes validées ou classées selon les standards de l’OMS.
Sept pays disposent aujourd’hui d’équipes proches des normes internationales. Le Sénégal reste le seul pays africain avec une équipe classée au niveau international.
Derrière ces objectifs techniques se dessine une évolution stratégique : mieux vaut préparer les capacités nationales avant la crise que chercher des renforts une fois l’urgence installée. Pour l’Afrique, cette logique touche directement à la sécurité sanitaire, à la continuité des services publics et à la capacité des États à protéger leurs populations avec leurs propres moyens.
Assou Anjo
