L’Afrique entre dans une nouvelle phase de son histoire énergétique. En 2026, le continent pourrait installer jusqu’à 17 GW de capacités solaires, soit une progression de 45 % en un an. Derrière ce chiffre se dessine une évolution stratégique : l’énergie solaire cesse de relever du seul secteur électrique pour devenir un levier direct de transformation économique et sociale.
L’un des signaux les plus importants tient à la diffusion géographique de cette croissance. L’Afrique du Sud, longtemps dominante dans les importations de panneaux, pèserait moins 1/5 des nouvelles installations. 36 pays sur 54 pourraient atteindre un niveau record. Cette multiplication des marchés traduit une appropriation progressive de l’énergie solaire par des économies aux profils très différents.
L’enjeu devient particulièrement fort dans les territoires où le réseau électrique reste limité. Toitures solaires, batteries, systèmes commerciaux et mini-réseaux permettent à des ménages, des entreprises et des communautés rurales d’accéder à une électricité plus régulière. Pour l’agriculture, l’irrigation, la conservation des produits, les ateliers, les commerces ou encore les services numériques, cette disponibilité énergétique peut modifier concrètement les capacités de production.
Les 23 TWh attendus grâce aux nouvelles installations pourraient couvrir une hausse annuelle de la demande africaine comparable à celle observée durant la dernière décennie. Le solaire apporte ainsi une réponse rapide à une pression énergétique qui freine encore l’industrialisation de plusieurs pays.
Une fragilité demeure toutefois : environ 94 % des modules installés proviennent de Chine. L’Afrique augmente donc ses capacités électriques sans encore maîtriser suffisamment la chaîne industrielle. Les nouvelles unités de production en Égypte et en Tanzanie constituent un premier mouvement vers davantage de souveraineté.
Le véritable enjeu des prochaines années se situe là : transformer le boom solaire en industrie africaine, créer des emplois qualifiés, développer les compétences et retenir davantage de valeur sur le continent. À cette condition, le soleil africain pourra devenir un moteur durable de développement, d’industrialisation et d’autonomie énergétique.
Assou Andjo
